Les Ecrits de Groupe

Un vent de panique dans la prairie


Scene 1

(La scène s’ouvre dans la boutique des Oleson. Monsieur Oleson termine de ranger sa boutique, sa femme entre, visiblement agacée.)

Mme Oleson: Dépêche-toi! Nous allons être en retard pour le concert! Tu sais bien combien je déteste être en retard, je veux arriver avant les Johnson!
Mr Oleson: J’arrive, j’arrive!

(Il ferme boutique, et s’en vont, une silhouette entre subrepticement aussitôt et se dirige directement vers la vitrine aux bijoux. Entre Petula Oleson, la jeune cousine en vacances à Walnut Grove pour l’été)

Petula:  Nellie! Où as-tu mis mon sac?

(Elle allume la lumière et découvre Nellie qui tient dans ses mains une superbe montre à gousset en or. Nellie, sursaute, tente de cacher la montre et invective sa cousine.)

Nellie: Que fais-tu là, Petula? Tu sais très bien que tu n’as pas le droit d’entrer dans MON magasin! Tu m’espionnes, sale fouineuse!
Petula: Mais qu’est-ce que tu caches dans ton dos? Tu as volé quelque chose à tonton Nels?
Nellie: De quoi tu te mêle! Ca ne te regarde pas!
Petula: D’accord, pas de soucis, j’en parlerai demain à tonton Nels!
Nellie: Attend! Pas si vite! Tu saurais garder un secret?
Petula: Un secret? Quel secret!
Nellie: Ce soir, avec les copines, nous avons prévu de faire un joli feu de camps au bord du lac.
Petula: Le lac?! Mais c’est drôlement loin!
Nellie: Pas de soucis, on va prendre le chariot, on sera de retour avant que mes parents ne rentrent de l’église.
Petula: Le chariot? Mais c’est dangereux ! Tu sauras le conduire?
Nellie: Mais bien sûr! J’ai l’habitude, je l’ai déjà conduit plusieurs fois, ce n’est pas bien compliqué.

Scene 2

(Dans le chariot, en pleine nature, Petula s’inquiete de la direction prise)

Petula: Mais Nellie, ce n’est pas par là, le lac!
Nellie: Il faut que je t’avoue quelque chose, Nous n’allons pas au lac. En fait, Elliot, le fils du shérif de Chestnut Tree est amoureux de moi et m’a demandé d’aller le voir ce soir. C’est un secret, surtout tu ne dois en parler à personne! Regarde, je lui ai même apporté un cadeau.
Petula: Mais c’est la montre du magasin! Mais tu l’as volée! Tu m’as menti et tu es une voleuse Nellie! Tu seras punie!
Nellie: Non, Je ne serai pas punie car tu n’en parleras à personne et si tu le fais, je dirais que c’est toi qui l’a volée.
Petula: Tu n’es qu’une peste Nellie! Tu ne changeras jamais!

(Petula cherche à prendre les rênes pour faire demi-tour, le cheval s’emballe, les rênes leurs échappent, le chariot heurte une pierre et se retourne, les filles hurlent, tombent à la renverse, c’est l’accident. Le cheval affolé s‘enfuit. Après avoir repris leurs esprits, elles se relèvent et vérifient si elles n‘ont rien de cassé.)

Petula: Tout va bien, Nellie, tu n’as rien de cassé?
Nellie: Tout ça c’est de ta faute, si tu n’avais pas voulu m’arracher les rênes, nous n’en serions pas là!
Petula: Oui, mais maintenant que fait-on? J’ai peur Nellie. Qu’est-ce qu’on fait?
Nellie: La nuit va bientôt tomber. On va finir à pied, on était presque arrivées. Elliot nous raccompagnera.

(Nellie fouille machinalement ses poches et blêmit, elle tourne en rond, tourne autour d’elle-même et du chariot, paniquée.)

Petula: Mais que fais-tu Nellie? Que cherches-tu donc?
Nellie: Heu… J’ai perdu le mouchoir brodé qu‘Elliot m‘avait offert.
Petula: Dois-je te croire, cette fois?
Nellie: Mais je ne suis pas une menteuse, de quoi tu te mêles? Allez viens, on y va, il est déjà tard, la nuit commence à tomber.

Scène 3.

(Les deux cousines se mettent en route.)

Petula: Nellie? C’est encore loin chez Elliot? Je commence à avoir froid et j’ai mal aux pieds.
Nellie:  Oh petite nature, tu vas encore te plaindre longtemps?
Petula: Mais c’est à cause de toi que nous sommes dans cette situation!
Nellie:  NE CRIE PAS COMME CA!
Petula: Pourquoi? Tu as peur que quelqu’un t’entendes? Eh ben ça me ferait bien plaisir!
Nellie:  Oh tais-toi, de toute façon, nous voilà arrivées!
Petula: Aaaah enfin! Qu’est-ce que j’ai mal aux pattes!
Nellie: Suis-moi, approchons nous de la maison sans se faire voir.

(Les deux cousines s’approchent à pas de loups, la porte s’ouvre à la volée et le Sherif surgit soudainement, accompagné de son adjoint. Les filles, surprises, se cachent derrière un arbre proche de la maison.)

Sherif:Alors, Steve! Mais qu’est-ce que c’est que cette histoire?! Un vol, tu dis?
Steve:Oui, chef! Il faut y aller! Vite! On nous attend!

( Le shérif sort son gyrophare et le pose sur son cheval et ils partent au triple galop. Nellie qui croit que le Shérif parle d‘elle tombe raide, les bras en croix à la renverse, jupon par-dessus-tête.)

Petula: Mais qu’est-ce que tu as Nellie?

(Nellie couine, râle, se pâme. Elle se voit déjà les menottes aux poignets. Elle se relève comme un diable qui sort de sa boite et court en hurlant dans tous les sens.)

Nellie: Au secours! Au secours! Je suis perdue! Ô rage, Ô désespoir! Ô Shérif ennemi!
Petula: Arrête ton numéro! T’es folle ou quoi? Quelle mouche t’a piquée?
Nellie: Mais tu ne comprends pas! Il faut partir! Vite!
Petula: Mais pour aller où.
Nellie: Heu…… Je sais! Chez les Ingals!

(Nellie attrape le poignet de sa cousine et démarre sur les chapeaux de roue… Bip, Bip)

Scène 4.

(Elles arrivent en vue de la maison. Au loin, les tam-tams Cheyennes résonnent dans les collines et la brume s’enroule autour de leurs pieds. Elles sont terrifiées.)

Petula: Tu crois qu’ils vont nous ouvrir?
Nellie: Mais oui va! Je les connais bien! Allez vient on frappe à la porte.

(Elles frappent une première fois et seul le sifflet du train leur répond dans le lointain. Elles frappent à nouveau et là, Charles Ingals ouvre.)

Charles:  Mais les filles? Que faites vous donc là, à cette heure, toutes seules?
Nellie: C’est de la faute de Petula! A cause d’elle nous avons eu un accident de chariot! Le chariot de papa est tout cassé, le cheval à filé, mes genoux sont tout écorchés, ma belle robe est toute déchirée et je suis toute décoiffée…
Petula: Heu…heu…mais..mais…
Nellie: Tais-toi, Petula! Tout ça c’est à cause de toi, je n’aurai jamais du t’emmener et puis tu n’aurais jamais du venir en vacances chez MOI, tu portes la guigne, avec toi je n’ai que des problèmes, tu me gâches la vie.
Petula: (en pleurant.) Mais tu n’es pas gentille avec moi. Moi j’ai rien fait, je n’ai fait que te suivre c’est toi qui…
Nellie: Oui, c’est facile de rejeter la faute sur une innocente, tu…
Charles: STOP! Allons, allons, du calme, les filles! Ce n’est pas aussi dramatique! Rentrez-donc, Laura va vous préparer un lait chaud pour vous remettre de vos émotions. Moi, je vais aller avoir si je peux réparer le chariot et retrouver votre cheval.

(Charles Ingals sort et laisse les filles en la seule présence de Laura. Caroline Ingals et les autres filles étant parties au MacDrive.)

Scène 5.

Nellie:  Oh ma bonne Laura, si tu savais comme je me sens mal! Vite, prépare-moi mon lait, je défaille!
Laura: Oh Arrête ton char, Nellie, ça ne prend pas avec moi! Je te connais trop bien et je sais de quoi tu es capable!
Nellie: Mais pour qui te prends-tu, espèce de donneuse de leçons!
Petula: Oh ça suffit maintenant, Nellie! Pourquoi mens-tu sans cesse? Je t’ai vue! En plus d’être menteuse, tu es une voleuse! Et je sais pourquoi tu as eu aussi peur tout à l’heure, c’est parce que le shérif est au courant, il sait que tu as volé la montre et il court après toi! Tu finiras en prison, Nellie Oleson!
Nellie: En prison? Moi? AHAHA! Jamais! Je vais épouser le fils du Shérif! Je vais me faire élire maire de Walnut Grove et puis je serai présidente des Etats-Unis et je finirai par dominer le monde AHAHAHAHAH. 
Laura: Mais Nellie, tu as complètement perdu la tête, tu délires! Mais qu’est-ce que c’est que cette histoire de montre? Je te connaissais peste et menteuse, mais voleuse? C’est grave ça, Nellie, très grâve!
Petula: Oui! Je l’ai vue! Elle l’a volée dans la vitrine de tonton Nels!
Nellie: Ce n’est pas vrai et puis de toute façon, tu ne pourras jamais le prouver! C’est ta parole contre la mienne! La montre, je l’ai perdue dans l’accident, personne ne la retrouvera JAMAIS! HAHAHA!

(A cet instant, la porte s’ouvre pour laisser entrer Charles Ingals qui tient au bout d’une chaine la fameuse montre.)

Scène 6.

Charles: C’est ça que tu cherches, Nellie, peut être?

(Nellie se retourne, pâlit, sa mâchoire se décroche, elle bégaye.)

Nellie: M..MM…Monsieur Ingagals… C’est pas moi, c’est elle!
Laura: Mais enfin, Nellie, tu es ridicule! Tu viens de nous avouer le contraire. C’est toi qui a volé cette montre.

(C’est alors que Charles laisse entrer Harriet et Nels Oleson.)

Charles: Regardez donc qui j’ai trouvé à côté du Chariot, Nellie. Tes parents, ils étaient partis à votre recherche et ils étaient fous d’inquiétude.

(Harriet se précipite vers sa fille pour la prendre dans ses bras.)

Harriet: Oh ma chérie, ma grenouillette, dans quel état te voilà! Qu’est-ce que ces méchantes filles t’ont donc fait?
Laura: Grenouillette? Ce n’est pas une grenouille, c’est un crapaud plutôt!
Harriet: (Levant la main vers Laura.) Quelle insolente! Tu mérites une bonne correction!
Charles: (Voulant aider sa fille, pose la montre sur la table.) Allons Harriet, calmez-vous. Ma fille n’a rien à voir dans cette histoire.
Nels: (Qui a repéré la montre sur la table, s’approche et la reconnait.) Mais c’est la montre du magasin? La montre commandée par le maire?
Harriet: Quoi! C’est vous qui l’avez volée Ingals?! Au voleur! A l’assassin! Je ne vous achèterai plus vos œufs, je vais vous faire mordre la poussière, vous finirez vos jours derrière les barreaux et votre famille crèvera de faim dans le caniveau!

(Laura qui voit la situation dégénérer, part en courant chercher le shérif.)

Nels: Attend Harriet, enfin ce n’est pas possible. Charles n’est pas un voleur. Et comment aurait-il pu rentrer dans le magasin, nous en revenons, il est bien fermé à clé.
Harriet: Mais mon pauvre ami, il aurait pu la voler cet après midi en livrant son bois!
Nels: Ah, non Harriet. It is not possible. Quand nous sommes partis à l’église, la montre était encore à sa place.
Harriet: Mais qu’est-ce que tu insinue? Que c’est notre fille?!!!

(Le shérif surgit alors et Nellie s’évanouit de peur.)

Scène 7.

Le Shérif: Mais qu’est-ce qu’il se passe ici?
Harriet: Nous avons retrouvé votre voleur?
Le sherif: Mon voleur? Mais il est déjà sous les verrous, il a avoué et j’ai retrouvé le butin.
Harriet: Mais de quoi parlez-vous?
Le Sherif: Mais de quoi, VOUS, vous parlez?
Harriet: Ben du vol de notre montre!
Le Sherif: On vous a volé votre montre?
Pétula: Mais, non, elle n’a jamais été volée, c’est Nellie, qui voulait l’offrir à votre fils. Elle veut l’épouser!
Le Sherif: Elliot? AHAHAHA! Mais il est déjà fiancé!
Nellie: (En s’écroulant en larmes dans les bras de sa mère.) FIANCE?!!!…Mais je ne serai jamais le maitre du monde alors!!!
Nels: Nellie, je crois que tu t’es encore mise dans de beaux draps. Il va falloir te donner une bonne leçon cette fois, je crois.
Harriet: Mais enfin Nels, ne soit pas si cruel avec cette petite, tu vois bien combien elle est malheureuse!
Nels: Ca suffit Harriet! Voilà ce que ça donne de toujours la défendre! Il faut qu’elle soit punie.
Charles: J’ai peut-être une idée. J’ai un champ à moissonner et vous savez combien elle déteste se servir de ses mains et salir ses jolies robes!
Nellie: Papa! Aie pitié de moi!
Nels: C’est entendu Charles, à partir de demain, elle viendra travailler jusqu’à la fin de ses vacances!
Nellie: PAPA!!!!!! (Et Nellie retombe dans les pommes.)


 THE END

(Lucie / Michèle / Valérie / Isabelle / Caroline)
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Le Parc des Songes.

Avez-vous déjà remarqué combien nos lieux familiers recèlent de petits trésors à chaque fois découverts, à chaque fois renouvelés. Prenez un parc public par exemple, il vous semble le connaitre, vous avez parcouru ses sentiers maintes fois, et pourtant avez-vous déjà pris le temps de vous arrêter et de regarder vraiment? Je suis photographe et depuis fort longtemps, le Parc des Songes est devenu mon terrain d’observation. Matin ou soir, selon la lumière, invisible, je pointe mon objectif sur les promeneurs, pénétrant leur intimité, imaginant leur vie, leur histoire et leurs émotions. Là un promeneur et son chien, ici des enfants revenant de l’école, des amoureux serrés l’un contre l’autre dans l’herbe. Je les trouve fascinants. A force de les croiser, il me semble les connaitre, je sais tout de leurs habitudes, de leurs manies, de leurs amis. Laissez-moi vous en présenter quelques-uns.
Le premier, c’est un peintre. Il est là tous les matins aux aurores, guettant les premiers rayons du soleil. Je l’ai appelé « Vincent ». Regardez-le à s’affairer pour trouver l’endroit idéal où poser son chevalet…

Vincent:

« Aujourd’hui, le chevalet sur l’épaule, je pars à la recherche d’inspiration. Dans mon lieu favori, ce doux jardin enivrant du parfum de multiples et ravissantes fleurs, enchantement que de te parcourir.  Ici, une petite cascade fait entendre son doux clapotis, comme une douce musique légère, vivante, à l’eau transparente, en face d’un banc, je m’y installe pour profiter de cet espace magique et bien placé pour la peindre. Ainsi que ce petit pont de bois qui enjambe la rivière s’écoulant au milieu d’un bosquet aux multiples essences et couleurs féeriques qui paraissent sortir de ma palette. Des bouleaux droits et majestueux, si délicats, à la parure blanche et veinée, nous accueillent à l’entrée. Puis un noisetier tortueux qui n’en finit pas de faire des courbes de ses branches en tout sens et semble se tordre de rire à tout moment. Là un érable pourpre, magnifique, au port papal. Comme cette nature est belle et féerique. Promenade douce et enchanteresse… »

Détournons le regard de notre peintre, laissons-le à sa toile et penchons-nous vers ce petit bonhomme, tête baissé au bord de la mare. Il a laissé son vélo sur le bord du chemin et s’avance, chaussé de hautes bottes, à la recherche de la rareté qui manque encore à sa collection. Je l’ai appelé Edmond. Approchons-nous et entrons dans son petit monde.

Edmond:

« La sente devient étroite et se perd dans l’herbe haute. J’ai bien fait de mettre mes bottes car l’herbe est de plus en plus humide, bientôt je marche dans l’eau. La sente réapparait, sinueuse puis se perd à nouveau. La moiteur ambiante colle la chemise à ma peau. L’odeur de menthe poivrée devient forte ainsi que celle du bois pourri. La chaleur du jour crée une brume humide au-dessus du jardin. J’ouvre mon sac et en sors mon appareil photo.
Je suis venu observer et photographier des libellules. J’espère en voir de nombreuses dans ce jardin dont on m’a dit qu’il recèle des merveilles.
C’est une mare qui occupe le centre du jardin, bordée de roseaux et de scirpe, elle est habitée de nénuphars blancs ou jaunes ainsi que de potamots flottants et de renoncules. Des yeux de grenouilles vertes dépassent et m’observent, je les salue me demandant si je vais voir des reinettes. J’aimerai voir des reinettes, elles sont si jolies et si gracieuses avec leurs petits doigts agrippés aux roseaux. Je n’en vois pas, je m’éloigne un peu ne voulant pas déranger plus longtemps.
 Si la mare est de taille réduite, elle se ramifie partout dans le jardin et dans ces parties inondées, se développent une flore et une faune colorée et parfumée. Cela commence avec la menthe poivrée partout présente, les joncs aux tiges bleu/vert, des scirpes au bord des feuilles tranchant comme des couteaux-scies.
Soudain j’aperçois  le but de ma visite, plusieurs libellules posées sur une touffe de joncs. J’approche lentement, le soleil du matin n’a pas eu le temps de les sécher si bien qu’elles ne bougent pas. Leurs couleurs sont magnifiques, irisées sont leur ailes qu’elles ouvrent au soleil pour se recharger en énergie. Je prépare l’appareil photo et commence une série de gros plans. Les Demoiselles ont ma préférence, leurs ailes vert profond, ressemblent à du velours et les fait pareil aux papillons.
Je finis ma série de photos et reprends ma promenade. En bon botaniste je marche vouté, les mains dans le dos, le sac chargé de guide et de matériel. Le soleil monte en puissance, asséchant l’air du matin. Soudain dans un endroit plus profond l’humidité devient telle que je ne sais plus où est l’eau en dessous ou au-dessus. L’air est saturé d’odeurs, celle amère des reines des prés, plus sucrée des renoncules qui tapissent le sol.
Le jardin bruisse des insectes qui se repaissent de temps de richesses nourricières. La végétation est grasse voire luxuriante, j’ai de plus en plus de mal à y pénétrer comme si le jardin jaloux de ses beautés les rendait inaccessibles. Une couleuvre à collier passe la tête hors de l’eau sans me voir. Heureusement je n’aime pas trop les serpents même inoffensifs.
Il est midi, le soleil à son zénith brûle ma peau mais la fraicheur du sol compense cette chaleur. Je décide de m’asseoir au frais à l’ombre d’un aulne sur un léger talus. Les pieds  dans l’eau je mange quelques fruits dont les noyaux jetés attireront les guêpes.
Bientôt, le sommeil me prend, je vais dormir … quand soudain ils se sont réveillés, je les avais oubliés, pourtant que serait le jardin humide sans eux … les moustiques. »

Tournons le dos à présent au jardin humide et ses moustiques et suivons ce jeune homme perdu dans ses pensées. C’est Paul. Chaque jour il se dirige après sa pause de midi vers notre grande serre, notre jardin d’hiver pour y voir notre douce Alexandrine qui prend soin des fleurs les plus délicates. Il est amoureux, ça ne fait aucun doute. Suivons-le.

Paul :

  «  Tout est silence. De la ouate sombre a glissé des mains de l’ombre et couvre les membres des arbres. Je marche lentement pensant déjà à la chaleur moite du jardin d’hiver… Le jardin d’Alexandrine. Il s’ouvre sur un parc envahi de roseraies, de magnolias… Il est comme un cocon renfermant des éclats de parfums, de couleurs. Là, au creux d’un écrin de verre, s’élancent des orchidées aux pétales qui s’étirent telles des lèvres. Leurs teintes pastelles se mirent dans le miroir noir des roses. J’aspire leur beauté, me gave de leurs couleurs, m’enivre de cette promesse de printemps qui s’éternise. Ici, tout semble être à l’image d’Alexandrine… »


Remontons à présent le sentier jusqu’à la petite clairière où se tient le vieux kiosk à musique. Là-bas, nous retrouvons Louis. Il y vient tous les jours, sans faute. Jamais il n’oublierait ce rendez-vous. Il a dans le regard la mélancolie des âmes anciennes. Asseyons-nous et partageons ce moment avec lui.

Louis:

« Une brise légère, un rayon de soleil pointant entre les frondaisons des grands chênes qui entouraient la petite clairière, le vol léger d’un air de violon. Du Vivaldi. C’était ce qu’elle avait joué la première fois qu’il l’avait vue jouer un dimanche après-midi, il y a si longtemps de cela. Et pourtant cela semblait hier. Louis laissa échapper un soupir et rouvrit les yeux, un sourire sur les lèvres. Devant lui, le kiosk était toujours le même. Oh, certes, sa peinture était écaillée et il y avait bien longtemps qu’aucun orchestre ne jouait plus de musique ici mais ce kiosk, c’était elle, c’était lui, c’était eux. Le feuillage vert tendre de la glycine avait totalement recouvert le toit et ses fleurs mauves tombaient en grappes élégantes. L’odeur du seringa  lui rappela son parfum, quand les matins d’été elle remontait ses cheveux sur sa nuque fragile et qu’il venait l’embrasser tendrement au creux de son épaule. Il lui en avait fallu du courage pour l’aborder. C’était une autre époque. Il était venu dimanche après dimanche pour l’écouter jouer, espérer croiser son regard, le cœur battant à tout rompre, soulevé par les élans se son archet ou lourd de mélancolie quand elle jouait un air triste. Eva était une artiste, un ange, une sylphide. Quand elle avait enfin croisé son regard et lui avait rendu son sourire, Louis eut l’impression que le reste du monde n’existait plus. Il avait continué à venir dimanche après dimanche sans oser l’aborder, mais avant de partir, il avait pris pour habitude de déposer sur les marches du kiosk une rose rouge qu’il prenait grand soin de choisir. A présent, chaque dimanche, elle semblait guetter son arrivée et son violon s’envolait avec légèreté quand elle l’apercevait. C’était elle qui lui avait adressé la parole la première fois. Il avait eu l’audace de lui demander de la revoir, un autre jour, sur les marches du kiosk. Ils avaient échangé un premier baiser alors que le feuillage des arbres s’était teinté de roux et de rouge. Il l’avait serré contre lui pour la réchauffer alors que la neige tombait autour d’eux et étouffait les bruits du monde extérieur. Quand le soleil était réapparu et avec lui les premiers bourgeons, il lui avait demandé sa main. Elle avait dit oui et ils avaient scellé ce jour à jamais en gravant leurs initiales dans le bois d’un des piliers du kiosk. Il y avait soixante années de cela. Soixante ans qu’ils avaient partagé avec bonheur. Oh, il y avait bien eu des tensions, des moments plus difficiles, mais jamais ils n’avaient pu vivre l’un sans l’autre, jamais ils n’étaient partis bien loin de leur petit coin de paradis. Chaque dimanche, en famille, ils venaient se balader dans le parc, ils pique-niquaient en bas des marches. Eva leur jouait un petit air de violon. Les concerts ne se faisaient plus là. On avait abandonné le kiosk pour la salle des fêtes bien plus confortable en hiver mais Louis et Eva ne pouvaient se résigner à abandonner leur kiosk bien aimé.
Louis leva les yeux sur un rouge-gorge impétueux qui semblait l’invectiver. Oui, aujourd’hui, il avait oublié le pain. Il oubliait de plus en plus de choses ces jours-ci. Il « perdait la tête », comme on disait, il en était bien conscient. Mais s’il y avait bien une chose qu’il ne pourrait pas oublier, c’était de venir s’occuper du petit rosier qu’il avait planté le jour où elle l’avait abandonné. Il poussa sa main sur le banc et se redressa en tremblant. Ses jambes le portaient plus difficilement mais ce n’était pas ce qui l’arrêterait. Il s’approcha du petit rosier rouge et se pencha pour arracher un peu du liseron qui s’était enroulé autour des tiges. Si le liseron n’avait pas tenté d’étouffer le rosier, il l’aurait laissé pousser, car comme lui, il n’avait qu’une envie, enlacer une dernière fois la rose de sa vie, son seul amour. Il avait lutté pour le garder en vie ce petit rosier. Il avait dû le raviver plus d’une fois tandis que des ados insouciants l’avaient piétiné sans connaître l’importance de ce petit plan. Il avait une fois chassé un chien qui avait voulu enterrer un os. Mais il ne le laisserait pas mourir. Il ne le laisserait pas partir. Le rosier était en boutons, les roses allaient bientôt éclore et Eva aurait de nouveau ses roses au pied de leur kiosk. Louis agrippa un de piliers et monta les quelques marches. Le sol était jonché de mégots, de cannettes de bière vides. Un préservatif usagé. Louis serra le poing autour du pilier où ils avaient gravé leurs noms. Par-dessus, on avait tagué des insanités. Son cœur de serra comme à chaque fois qu’il voyait ce qu’était devenu leur temple d’amour. Mais comme à chaque fois dans ses moments là, les notes légères du violon refirent leur apparition dans sa tête, il ferma les yeux et se laissa bercer par la brise légère. Il n’était plus dans le maintenant. Il n’était plus dans cette époque vide de sens. Il était avec elle. Et il désirait plus que tout y rester, jusqu’à ce que ses forces l’abandonnent et qu’il parte la retrouver pour de bon. Mais il savait qu’une fois qu’ils se seraient retrouvés, ils reviendraient là tous les deux, dans ce parc, au pied de ce kiosk où ils s’étaient tant aimés. »


Reprenons notre marche. Le soleil décline à l’horizon. Il est temps de se quitter. J’aurais pu tout aussi bien vous parler de Charles, Claude et Mathilde mais au bout du « conte » il y a autant de jardins qu’il y a de songes. Chaque jardin n’est que le reflet du regard qu’on y porte.

                                                                                (Lucie / Michèle / Valérie / Isabelle / Caroline)
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